2 Jan, 2020

Les émotions au travail

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Le poids de notre culture

« Les émotions, tu les laisses à la porte de l’entreprise ». Qui n’a jamais entendu cette phrase dans son milieu professionnel ? L’entreprise n’a jamais été l’endroit où les émotions pouvaient librement s’exprimer.

Notre culture scientifique occidentale basée sur le réductionnisme (« un grand problème pour le résoudre tu le sépares en petits problèmes ») et sur le déterminisme (« il y a une réponse logique à tous les problèmes ») a permis de nombreuses avancées et découvertes. Mais elle aura aussi eu comme conséquence de séparer le corps de l’esprit, le coeur de la tête, la réflexion de l’émotion et donc le rationnel de l’émotionnel. Les conditions d’existence changent dans un monde devenu volatile, complexe, incertain et ambiguë (c’est le concept VUCA). Voici que nous découvrons qu’il n’y a plus qu’une seule réponse possible à un problème et que le monde connecté entraîne des effets en cascade. Les esprits purement cartésiens si longtemps loués risquent d’être remisés dans les archives de l’histoire de l’humanité. De toute façon, l’intelligence artificielle fera le travail à place des hommes d’ici peu : Daniel Pink, dans son ouvrage « L’homme aux deux cerveaux », l’expliquait déjà il y a plusieurs années. La voie consisterait à développer des compétences « cerveau droit » puisque l’intelligence artificielle sera basée principalement sur les compétences « cerveau gauche » plus rationnelles. Depuis qu’Antonio Damasio a remis en cause ce dualisme de la raison et du coeur dans son livre « L’erreur de Descartes », les émotions n’ont eu de cesse d’être de mieux en mieux acceptées. Chez soi d’abord. Au travail ensuite. Pour autant le chemin est encore long et il faudra du temps. 

Une inflexion salutaire

Mais récemment et pour la première fois, une étude française vient de faire un état de la situation émotionnelle des français dans leur travail. En effet, le cabinet SBT Human(s) Matter a mené une étude auprès de 1034 salariés français issus d’entreprises de toutes tailles afin d’étudier et de comprendre les émotions.

« Si jusqu’à maintenant, elles étaient laissées à la porte des entreprises, une révolution se met en place grâce à cette quête de bien-être des collaborateurs » déclare Riadh Lebib, consultant chercheur au sein du cabinet et docteur en neurosciences. Bonne nouvelle donc !

D’après les résultats de cette étude commentés dans un article de Courrier Cadre du 9 avril 2018, « les cinq émotions les plus ressenties sont la concentration, la confiance en soi, l’énergie, la motivation et le calme. Quant aux négatives, on retrouve la fatigue, l’anxiété, le stress, la contrariété, la tension et la colère ». On pourra s’interroger néanmoins sur la définition de l’émotion à la lecture de cet article, preuve s’il en est du manque de culture émotionnelle qui apporte son lot de confusion. Sentiments, ressentis, effets de l’émotion et émotions elles-mêmes sont mélangés.

La fond du sujet réside à mon sens dans l’expression de ces émotions et dans l’interaction des hommes et des femmes dans ces situations d’expression émotionnelles au sein des entreprises. C’est à ce niveau qu’il reste du chemin à parcourir. En effet, nous n’avons pas appris à exprimer nos émotions et à les ressentir et les reconnaître. Ainsi, à la machine à café, on entendra plutôt des « comment ça va ? » suivi par des « ça va… » peu importe la réalité émotionnelle vécue. Caricatural me direz-vous ? De la simple convenance sociale ? Pas certain… C’est le signe distinctif à mon sens d’un manque d’apprentissage émotionnel dans nos sociétés.

Cet apprentissage émotionnel permet de décrire le plus fidèlement possible le ressenti corporel de l’émotion avec les verbes et les mots adéquats. De cette façon la conversation à la machine à café deviendrait : « comment te sens-tu ce matin ? » suivi par « je me sens bien… d’humeur joyeuse » ou « je me sens fatigué… je me sens manquer d’énergie »…

Une compétence nécessaire pour les managers

L’essentiel, vous l’aurez compris, c’est de se connecter à ses ressentis pour les exprimer. L’enjeu me semble primordial. Un manager, capable d’être à l’aise avec ses ressentis corporels et donc ses émotions sera capable de les comprendre, de les accepter avec bienveillance et de les exprimer. Et donc de prendre des décisions au plus juste pour lui et ses collaborateurs. On nomme cela l’authenticité. Ce même manager sera ainsi plus à même d’être en posture basse avec ses collaborateurs et selon l’émotion de prendre ou pas une décision. N’ayons pas peur de dire « je ne me sens pas bien aujourd’hui, je suis en colère et je ressens cette onde forte en moi qui m’empêche pendant un moment d’être lucide, aussi je préfère remettre la décision à plus tard… ».

C’est à cette condition que le manager sera capable d’être aussi empathique avec ses équipes, de sentir les émotions de ses propres collaborateurs et de leur permettre cette même expression. Le bien-être au travail commence par là probablement avant la mise en place d’une salle de pause zen… Cette éducation émotionnelle est nécessaire et permettra à l’émotion de ne pas être enfuie et ressassée pour mieux jaillir dans un moment inattendu voire pire.

Chaque manager doit avoir conscience de cela. Pour un vrai management émotionnellement intelligent. Alors, n’ayons plus peur, exprimons nos réelles émotions au travail, dans le respect des autres et surtout de soi.

Dans un prochain article, nous aborderons comment exprimer facilement et correctement nos émotions au travail pour vous donner quelques outils concrets à utiliser et à vivre au quotidien.

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